Les coups de chapeau de l'Institut - Tag : Médias

Après 20 ans de recherches et d’études sur le langage, il est un privilège, celui de s'exclamer "Bravo !". Les initiatives que nous saluons ici ne sont pas le fruit du travail de l'Institut de la qualité de l'expression. Elles ont été repérées par nos équipes, promeneurs du web, l'œil et le clic aux aguets.


Ingrid Riocreux : la langue des médias

Les journalistes se présentent volontiers comme des adeptes du « décryptage » et Ingrid Riocreux, chercheur associée à l’Université Paris IV, s’est autorisée à décrypter leurs discours.

Quoi qu’on en dise, le journaliste bénéficie de la confiance de ses auditeurs. Comme le relevait Vladimir Volkoff dans sa Petite histoire de la désinformation (Editions du Rocher, 1999), la parole du journaliste dispose d’une autorité naturelle qui lui permet de créer le vrai à volonté, indépendamment du réel. N’a-t-on jamais entendu « c’est vrai puisque je l’ai vu » ou « c’est vrai puisque que l’ai lu ».

Le présentateur des informations a ainsi un immense pouvoir. Comme le remarque Ingrid Riocreux : « Face à l’intellectuel interviewé, nous nous demandons : a-t-il raison ou tort ? Quand apparaît le Journaliste qui égrène les titres du jour (…), nous ne nous demandons pas s’il a raison ou tort. Nous nous demandons : alors que s’est-il passé aujourd’hui ? Nous sommes dans une position vulnérable. »

Nous sommes dans une attitude réceptive, dans un temps où notre cerveau est disponible pour que le journaliste nous donne à voir le monde à travers ses yeux.

Le choix des mots et formules utilisés témoignent et expriment la pensée, l’idéologie, le parti pris du journaliste. Un débat semblera d’ores et déjà trancher selon le langage qu’utilisera le journaliste pour introduire les intervenants.

L’auteure prend l’exemple du débat autour du changement climatique, qui oppose souvent climatologue et climatosceptique. Le débat s’articule alors entre les spécialistes, les experts et « les gens qui disent n’importe quoi ». Circulez, il n’y a rien à voir.

Comme l’écrit Olivier Reboul dans Langage et idéologie (PUF, 1980) : « l’idéologie n’est pas la pensée d’un individu ; elle est le fait que cette pensée se situe dans un "déjà pensé", qui la détermine à son insu » et Ingrid Riocreux d’ajouter : « quand il emploie un mot fortement connoté, le Journaliste est néanmoins persuadé d’utiliser le seul terme adéquat. Et s’il est vrai qu’il déforme ou cache à dessein certaines réalités, il est persuadé de la faire au nom du Bien, un Bien objectif, évident et incontestable, un absolu, indépendant de toute morale transitoire et totalement déconnecté des circonstances historiques. »

Les jugements de ce type, relevant de l’idéologie, illustre le rôle clé des journalistes dans la fabrique du consentement, notion chère à Noam Chomsky et Edward Herman dans leur ouvrage commun La fabrication du consentement : De la propagande médiatique en démocratie (Agone, 1988).

Tags : Médias, langage, Ingrid Riocreux


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